Historique

Un secret - Philippe Grimbert

Un secret - Philippe GrimbertPhilippe Grimbert est né en 1948 à Paris. Après de longues études de psychologie, il passe une dizaine d'années en analyse chez un lacanien, puis ouvre son propre cabinet à Paris. Il travaille aussi dans deux instituts médico-éducatifs auprès d'adolescents autistes ou psychotiques. Passionné de musique, de danse et d'informatique, il publie deux essais : Psychanalyse de la chanson et Pas de fumée sans Freud. C'est le roman La petite robe de Paul qui le fait connaître en littérature générale ; il est en tout l'auteur de quatre romans parus aux Éditions Grasset, dont Un secret qui est ensuite adapté au cinéma.

Ses autres romans : La petite robe de Paul (2001) ; La mauvaise rencontre (2009) ; Un garçon singulier (2011)

Prix Goncourt des lycéens en 2004, prix des Lectrices de Elle, prix Wizo en 2005

Nombre de pages : 184 pages

Prix : 5,60 €

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Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence.
Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec La petite robe de Paul. Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d'émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l'exploration des secrets à l’œuvre dans nos vies.

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Tout d'abord, il faut que tu saches que ce roman est autobiographique et qu'une grande partie se passe durant la Seconde Guerre Mondiale. Je précise parce que ça peut aider à comprendre le bouquin, par exemple moi je savais pas, ben j'ai mis vachement longtemps à faire le rapprochement entre le nom de l'auteur et celui du narrateur ("tiens c'est marrant ils s'appellent pareil !" ...), et ça peut aussi aider pour le contexte.

Maintenant que c'est dit, voici l'histoire.

Le narrateur, Philippe, qui est donc né en 1948 (autobiographie tout ça...) dans la France d'après-guerre, est le fils de Maxime et Tania, deux athlètes de haut niveau qui sont "faits pour être ensemble" comme on dit. Au contraire de ses parents, Philippe est frêle et chétif, il a un creux thoracique sous le plexus qui nécessite des soins permanents de son infirmière et confidente, Louise, dont le cabinet est installé à côté du magasin d'articles de sport tenu par ses parents. Parce qu'il est fils unique et qu'il se sent seul, il s'invente un grand frère qui est tout ce qu'il n'est pas : populaire, grand, fort, et surtout, en pleine santé. Mais un jour, alors qu'il fouille un carton dans le grenier, il découvre un chien en peluche dont il s'entiche et qu'il emporte partout avec lui. Mais cette découverte installe un profond malaise dans la famille, notamment chez son père, au grand étonnement de Philippe qui va essayer de découvrir ce que cache cette peluche, loin de se douter que ce secret va bouleverser sa vie à jamais.

Ça fait hyper dramatique hein ? Et pourtant, je n'exagère même pas !

Au début de ma lecture, j'ai eu un peu de mal avec l'écriture de Philippe Grimbert, je ne sais pas pourquoi, mais je n'aimais pas du tout sa façon d'écrire. Puis j'ai été tellement prise dans l'histoire que je n'y ai (presque) plus fait attention. Ce roman est un livre poignant et émouvant, triste aussi, et qui se lit d'une traite (tant parce qu'il est petit que parce que l'histoire est prenante). Le fait que ce soit une histoire vraie rajoute encore du dramatique à la chose et l'on s'attache vraiment au narrateur, car il nous raconte l'histoire avec son point de vue et ses intuitions d'enfant, la façon dont il perçoit les non-dits et certaines réactions de ses parents, sentant qu'ils lui cachent quelque chose mais sans parvenir vraiment à mettre le doigt dessus. Quant aux parents, je les ai trouvés froids et distants avec leur fils, et l'on sent bien que le père est déçu que Philippe ne soit pas un athlète comme lui, ce que ressent également le narrateur et fait qu'on a de la peine pour lui. J'ai préféré Louise, qui est plus proche de Philippe que ses parents et qui, parce qu'elle est boiteuse, le comprend mieux que quiconque.

Les chapitres, qui sont très courts, ne se suivent pas forcément ; ils se font plutôt au gré des pensées et des souvenirs de Philippe. J'ai vraiment apprécié la fin, lorsqu'il est plus âgé et qu'il revient sur son histoire, car c'est un très beau passage et l'on comprend vraiment pourquoi il a eu besoin d'écrire ce livre, qui lui sert en quelque sorte d'exutoire.

Philippe GrimbertConclusion : Ce livre est plutôt une bonne découverte malgré la plume de Philippe Grimbert qui m'a un peu dérangée, et cela m'a donné envie de voir le film (qui doit être émouvant à souhait !).

Et pour ceux que ça intéresse, le film est sorti en octobre 2007, et a été réalisé par Claude Miller, avec dans les rôles principaux Cécile de France (Tania), Patrick Bruel (Maxime) et Julie Depardieu (Louise).

Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay

Elle s'appelait Sarah - Tatiana de RosnayTatiana de Rosnay, née en 1961 à Neuilly-sur-Seine de mère britannique et de père français, est une journaliste, écrivaine et scénariste française. Elle a vécu à Paris, Boston et enfin en Angleterre. Elle est l'écrivaine française la plus lue en Europe en 2011.

Ses autres romans : L’appartement témoin (1992) ; Mariés, pères de famille (1995) ; Le Dîner des ex (1996) ; Le Cœur d'une autre (1998) ; Le Voisin (2000) ; La Mémoire des murs (2003) ; Spirales (2004) ; Moka (2006) ; Boomerang (2009) ; Rose (2010) ; A l'encre russe (2013)

Nombre de pages : 415 pages

Prix : 6,95 €

Prix des lecteurs du livre de poche - Le choix des libraires, Prix Gabrielle d'Estrées.

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Paris, juillet 1942 : Sarah, une fillette de dix ans qui porte l'étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police française, au milieu de la nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l'abri en lui promettant de revenir le libérer dès que possible. Paris, mai 2002 : Julia Jarmond, une journaliste américaine mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél d'Hiv. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie va changer à jamais. Elle s'appelait Sarah, c'est l'histoire de deux familles que lie un terrible secret, c'est aussi l'évocation d'une des pages les plus sombres de l'Occupation.
Un roman bouleversant sur la culpabilité et le devoir de mémoire, qui connaît un succès international, avec des traductions dans trente-quatre pays.

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Ce livre était dans ma bibliothèque depuis un moment mais, malgré les avis positifs que j'avais lus à son propos, je ne m'étais toujours pas décidée à le lire. Et puis, il y a quelques jours je me suis lancée, et voilà maintenant plus d'une semaine que je l'ai fini et que je cherche comment t'en parler, car j'ai sur ce livre un avis plus que mitigé.

Tout d'abord, il est divisé en deux parties :

D'un côté,  Sarah, la fillette juive embarquée avec ses parents lors de la rafle du Vél d'Hiv, qui laisse son petit frère enfermé dans un placard pour le protéger et lui promet de revenir très vite.

De l'autre, Julia, la journaliste américaine qui habite à Paris et qui doit justement écrire un article sur cette rafle.

Soixante ans les séparent, et pourtant Julia va tout faire pour retrouver la trace de Sarah.

Alors là, autant j'ai trouvé la partie sur Sarah belle, triste, émouvante, tout ce que tu veux, autant celle sur Julia, je n'ai même pas les mots pour te dire à quel point elle m'a gonflée ! Non mais franchement, c'est quoi cette cruche ?? Elle est marié à Bertrand, un français qui, forcément, est un goujat, un coureur de jupons qui l'a trompée il y a quelques années mais Julia, magnanime, lui a pardonné (bien qu'en plus de cela il la rabaisse sans arrêt devant tout le monde). Sa belle-famille est un énorme cliché à elle toute seule : on retrouve le beau-père froid mais qui en fait est sensible et cache un secret, la belle-mère hautaine et condescendante, une belle-sœur maigre et sèche, l'autre ronde et chaleureuse, et la grand-mère adorable mais mise en maison de retraite par ses enfants et petits-enfants qui, évidement, vont rarement la voir... De plus, Julia est nunuche au possible, on a envie de lui mettre des claques pour qu'elle se bouge, qu'elle quitte son boulet de mari et surtout, surtout, qu'elle arrête de se plaindre sans arrêt, mais on ne peut pas, et ça c'est vraiment très frustrant^^ Et puis, le coup de Julia qui tombe enceinte à 40 ans passés et de son mari qui la met devant le dilemme : le bébé ou lui, j'ai trouvé ça d'un niais !

De nombreuses fois dans le roman, Julia nous confie qu'elle ne sait pas pourquoi elle tient tant à retrouver Sarah, que c'est plus fort qu'elle, que blablabla. Elle ne sait pas pourquoi elle doit la retrouver, eh bien nous non plus ! On ne comprend pas l'engouement soudain de cette américaine pour cette petite fille juive, leur seul lien étant l'appartement dont a hérité Bertrand et qui s'avère être celui où vivait Sarah lorsqu'elle a été arrêtée. De plus, Julia, qui elle a l'excuse de ne pas être française pour ignorer ce qu'est la rafle du Vél d'Hiv, se met à clamer partout que c'est un scandale d'être français(e) et de ne pas savoir, d'avoir oublié ce qu'il s'est vraiment passé à l'époque, ce qui donne à ce livre un côté moralisateur insupportable ! L'auteure veut nous faire culpabiliser du début à la fin, et j'ai trouvé ça un peu abusé. Comment peut-on savoir ce qu'on aurait fait à la place de tout ces gens ? Julia aurait-elle agit, seule contre tous, quitte à mettre en danger sa fille et son mari ? Je ne pense pas. Avec 60 ans de recul, c'est facile de savoir où se situe la limite entre bien et mal, ce qu'il était juste ou non de faire, mais à l'époque, au coeur de l'action, comment les gens pouvaient-ils vraiment connaitre les conséquences de leurs actes ? Bien sûr, ce qui a été fait aux juifs (mais pas seulement à eux, il faudrait voir à ne pas l'oublier) est terrible, mais est-ce une raison pour fustiger tout une nation à travers ce livre ?

De plus, l'auteure enfonce le clou en nous répétant en long et en large que ce sont des soldats français qui ont emmenés les juifs jusqu'au vélodrome, mais au bout d'un moment on a envie de dire que oui, c'est bon, on a compris, mais que là, posé devant notre livre, on n'y peut décidément pas grand chose !

Enfin bref, tout ça pour dire que la partie concernant Sarah est plutôt bien construite, avec le petit frère enfermé dans le placard qui ajoute encore une note dramatique à l'histoire (c'était déjà pas assez triste ?), avec le petit suspense "Va-t-elle pouvoir revenir le chercher ? Et si oui, y arrivera-t-elle à temps ?", mais la partie sur Julia, je me demande vraiment si on aurait pas pu s'en passer, d'autant plus qu'à la fin du livre il n'y a plus que Julia qui raconte, et la ça devient très très long.

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"La mère attira sa fille contre elle. La petite sentait les battements de son coeur à travers la robe de chambre. Elle aurait voulu repousser sa mère, la voir se tenir bien droite, la voir fixer ces hommes avec assurance au lieu de se recroqueviller, au lieu d'avoir le coeur qui cogne dans la poitrine, comme un animal effrayé. Elle aurait voulu que sa mère soit courageuse." (p. 14)

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"Je me souviens avoir été réveillée très tôt par le ronflement des bus. Juste sous mes fenêtres. J'ai regardé dehors et j'ai vu d'autres bus qui arrivaient. Et puis d'autres, encore et encore. Des bus des transports en commun, les bus que je prenais moi-même chaque jour. Blancs et verts. Il y en avait tant. Je me demandais ce qu'ils pouvaient bien faire ici. Puis j'ai vu des gens en sortir. Et tous ces enfants. Tellement d'enfants. Vous savez, c'est impossible d'oublier les enfants. (...) Après un moment, je me suis habillée et je suis descendue avec mes garçons, qui étaient petits, à l'époque. Nous voulions savoir ce qui se passait, nous étions curieux. Nos voisins aussi sont descendus, et le concierge. C'est une fois dans la rue que nous avons vu les étoiles jaunes. Et là, nous avons compris. Ils regroupaient les juifs. (...) Comment aurions-nous su ? C'est seulement après la guerre que nous avons tout découvert. Nous pensions qu'on les envoyait travailler je ne sais où. Nous ne pensions pas que quelque chose de grave se tramait. Je me souviens que quelqu'un a dit :"C'est la police française, personne ne leur fera de mal". Alors, nous ne nous sommes pas inquiétés. Le lendemain, bien que tout cela ait eu lieu en plein Paris, il n'y avait rien ni dans les journaux ni à la radio. Personne ne semblait s'en préoccuper. Alors nous non plus. " (pp. 105-106)

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Tatiana de RosnayConclusion : Ce livre n'est vraiment pas un coup de coeur, mais ce n'est pas pour autant une déception car la partie sur Sarah rattrape tout le reste et vaut à elle seule le coup qu'on lise le livre !

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P. S. : En anglais, le titre de ce livre est Sarah's key (la clé de Sarah) et je trouve que ce titre correspond mieux au roman que le titre français. Ceux qui ont lu le livre comprendront :)

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P.S. 2 : Voici la petite histoire de ce roman (source Wikipédia) pour ceux que ça intéresse :

"Tatiana de Rosnay commence à se documenter en 2001: « Je suis allée à Drancy, à Beaune-la-Rolande, j'ai rencontré des personnes qui ont vécu cette rafle de près, j'ai passé des moments très émouvants. » Elle explique avoir « ressenti le besoin de me réfugier dans ma langue maternelle pour évoquer ce passé terrible de la France. Le fait aussi d'être dans la peau d'une Américaine, Julia, a rendu nécessaire ce passage à l'anglais. »

Elle écrit le roman entre juillet 2002 et mars 2003, et le retravaille de janvier à mai 2005.

Le livre est refusé par l'ex-éditeur de la romancière, Plon, puis par Bernard Fixot. L'écrivaine cherche ensuite un agent américain, qui ne trouve pas d'éditeur aux Etats-Unis. Plus tard, Tatiana de Rosnay rencontre l'éditrice Héloïse d'Ormesson, avec laquelle elle sympathise, et c'est « le très têtu Gilles Cohen-Solal » (coéditeur d'Héloïse d'Ormesson), raconte-t-elle, qui obtient le manuscrit."

L'île des oubliés - Victoria Hislop

L'île de -oubliés - Victoria Hislop Victoria Hislop, née en 1959, a travaillé comme journaliste avant de devenir auteure. Son premier roman, The island a été un véritable bestseller au Royaume-Uni.

Autres romans : The island (en anglais, 2006) ; Return (en anglais, 2009) ; Le fil des souvenirs (2013)

Nombre de pages : 519 pages

Prix : 7,90 €

Prix des lecteurs, sélection 2013

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"L'été s'achève à Plaka, un village sur la côte nord de la Crète. Alexis, une jeune Anglaise diplômée d'archéologie, a choisi de s'y rendre parce que c'est là que sa mère est née et a vécu jusqu'à ses dix-huit ans. Une terrible découverte attend Alexis qui ignore tout de l'histoire de sa famille : de 1903 à 1957, Spinalonga, l'île qui fait face à Plaka et ressemble tant à un animal alangui allongé sur le dos, était une colonie de lépreux... et son arrière-grand-mère y aurait péri. Quels mystères effrayants recèle cette île que surplombent les ruines d'une forteresse vénitienne ? Pourquoi, Sophia, la mère d'Alexis, a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets... Bouleversant plaidoyer contre l'exclusion, L'Île des oubliés, traduit dans vingt-cinq pays et vendu à plus de deux millions d'exemplaires, a conquis le monde entier."

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Par où commencer avec ce livre dont l'histoire s'étale sur quatre générations ?

Alexis, une anglaise d'origine crétoise d'une vingtaine d'année, va partir en vacance en Crète avec son petit ami. Avant son départ, elle se décide enfin à demander à sa mère, Sophia, des informations sur ses origines, la seule chose qu'elle sait étant que sa mère a vécu à Plaka jusqu’à ses 18 ans. A son grand étonnement, Sophia accepte et lui remet une lettre pour une de ses vieilles amies restée là-bas, Fontini, lui demandant de raconter à sa fille tout ce qu'elle sait sur l'histoire de sa famille.

Commence alors pour Alexis un étonnant voyage à la découverte de ses origines, afin de comprendre son passé et pourquoi pas, son présent.

Ce roman est divisé en quatre parties, une pour chaque génération. La première est consacrée à Alexis, la deuxième à Eleni et Giorgis, ses arrières-grands-parents, la troisième à Anna et Maria, leurs deux filles, et enfin la quatrième à Sophia.

Giorgis est un petit pêcheur très attachant que la vie n'a pas épargné, mais qui ne se plaint jamais.

Eleni, qui est maitresse d'école, est très apprécié des habitants de Plaka ainsi que de ceux de Spinalonga, et son départ pour l'île a réuni et attristé tout le village.

Anna, qui est l'ainée, est égoïste et a un sale caractère, tout le contraire de sa petite soeur Maria qui est très altruiste et se dévoue à sa famille, faisant passer son bonheur personnel après celui de son père, quitte à renoncer à ses rêves.

On suit de près la vie de ces quatre personnages ainsi que celle des personnes qui gravitent autour d'elle. On voit une famille brisée lorsque Eleni découvre qu'elle est atteinte de la lèpre et doit quitter son mari et ses deux petites filles pour Spinalonga, l'île où tous les lépreux sont envoyés sans aucun espoir de retour. Pourtant, comme on va le découvrir avec elle, la vie à Spinalonga n'est pas si terrible que cela, et elle finit presque par s'y plaire, malgré la présence quotidienne de la maladie autour d'elle et sa famille qui lui manque. Mais la vie sur l'île n'est pas facile, le gouvernement donne peu de subventions et les malades, qui sont pour certains très faibles, n'ont ni eau courante, ni électricité, ni chauffage. En plus, l'une des règles de l'île m'a vraiment attristée : lorsque des couples de forment sur l'île (certains peuvent vivre des dizaines d'années avant que la maladie ne commence à les affecter vraiment) et qu'ils ont un enfant, si celui-ci est sain il est arraché à ses parents pour être adopté par une famille crétoise. L'île de Spinalonga, source : http://www.ferries.gr/excursions/spinalonga.htm

L'île de Spinalonga, qui a vraiment existé, est au centre de l'histoire, et on voit que l'auteure s'est vraiment documentée sur l'histoire de l'île, sur la lèpre, de même que sur les traditions grecques qui sont très détaillées et très présentes, donnant ainsi une dimension vraiment intéressante au livre. L'histoire des personnages se recoupe également avec l'Histoire : la guerre, l'occupation des allemands, l'amélioration des conditions de vie, le remède à la lèpre, ...

Ce roman est à la fois un mélange d'Histoire, de traditions, d'amour, de haine et de tristesse qui s'étale sur près de 70 ans et ne laisse pas indifférent, bien que parfois l'intrigue soit un peu "gnangnan", rapport aux nombreuses histoires d'amour.

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"La vie des fillettes n'aurait pas été plus bouleversée si une tornade les avait emportées et déposées à Santorin. Elles suivaient une routine monotone, jour après jour, car seule une succession d'actions mécaniques leur donnait le courage de quitter leur lit le matin. Anna rechignait en permanence, s'interrogeant sur la raison d'être des choses ; Maria acceptait tout sans poser de questions. Elle savait que se plaindre ne servait à rien, sinon peut-être à aggraver la situation. Sa soeur ne possédait pas une telle sagesse." (p. 112)

"Mi-janvier, son père lui annonça que Fontini avait donné le jour à un garçon. Maria voulut connaître tous les détails.

- Comment s'appelle-t-il ? A quoi ressemble-t-il ? Combien pèse-t-il ?

- Mattheos, il ressemble à un bébé et je n'ai pas la moindre idée de son poids. A peu près autant qu'un sac de farine, je présume." (p. 356)

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Victoria HislopConclusion : Un roman sympathique à lire, surtout si tu aimes l'histoire, mais dont l'intrigue essentielle reste les histoires d'amour sur fond de lèpre (pas très glamour hein ?). Ça n'empêche que j'ai passé un très bon moment et que je ne regrette absolument pas ma lecture :)

Le Décaméron - Boccace

Le Décameron - Boccace Giovanni Boccaccio (en français Jean Boccace, mais le plus souvent simplement Boccacio ou Boccace), né en 1313 à Certaldo en Italie, est un écrivain italien, disciple de Dante et grand ami de Pétrarque. Il est considéré, grâce à son recueil de nouvelles le Décaméron qui eut un énorme succès, comme l'un des créateurs de la littérature italienne en prose.

Nombre de pages : 664 pages

Prix : 60€

Edition numérique ici.

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Drôles, intelligentes et merveilleusement écrites, les cent nouvelles du Décaméron sont à l’origine d’une riche iconographie illustrant la profonde conviction de Boccace : « on ne doit pas accorder moins de liberté à la plume qu’au pinceau du peintre » (conclusion du Décaméron).

Boccace appuie sa narration sur une construction originale et rigoureuse : pour éviter la peste, sept nobles demoiselles et trois jeunes gens courtois se réfugient dans la campagne autour de Florence. Chacun d’entre eux raconte dix nouvelles au cours de dix journées.
Cette « comédie humaine » alterne les amours joviales et dramatiques, la sensualité exaltée ou la spiritualité religieuse, les vices les plus laids et les vertus héroïques, le réalisme et la transfiguration fabuleuse...

Une fresque fascinante de plus de cinq cents œuvres d’art en couleurs vient éclairer cette émouvante comédie humaine :
- une trentaine de dessins à la plume et à l'aquarelle de Boccace lui-même,
- les cent miniatures du Manuscrit du Maître de la Cité des Dames, conservé au Vatican,
- les cent miniatures du Manuscrit Ceffini, conservé à la Bibliothèque nationale de France,
- une série de bois gravés du Décaméron,
- des panneaux peints sur des coffres de mariages et des plateaux d'accouchée,
- des détails des fresques des Trecento et Quattrocento,
- ainsi qu'une sélection des plus belles œuvres inspirées par le Décaméron aux peintres de son époque.

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Tout d'abord, je dirais que ce livre est une tuerie tellement il est beau, et que tu peux l'acheter rien que pour l'avoir dans ta bibliothèque ! Et si ça ne suffit pas à te convaincre, passons à l'histoire.

Au XIVe siècle, suite à une vague de peste, dix jeunes hommes et femmes se réfugient dans une cave pendant dix jours. Pour passer le temps, chacun raconte dix nouvelles par jour (ce qui fait cent nouvelles en tout, si tu as du mal avec le calcul mental).

Les nouvelles sont classées par jour (première journée, deuxième journée etc), et on trouve au début du livre un repère chronologique assez utile pour s'y retrouver, parce que quand même, le XIVe siècle reste une époque assez obscur pour nous !

Les histoires traitent de sujets assez variés, ce qui fait qu'on ne s'en lasse jamais, et les illustrations (qui sont d'époque !), apportent beaucoup au livre, en plus d'être magnifiques.

Conclusion : Même si tu ne le lis pas, il faut que tu achètes ce livre, ne serait-ce que pour l'avoir dans ta bibliothèque et te la péter un peu. Et si en plus tu veux le lire, alors c'est tout bénef' et je t'y encourage. Les 60€ peuvent peut-être en rebuter certains, mais vous n'avez qu'à vous le faire offrir, comme moi :) et je vous assure que ça les vaut vraiment !

Cinquième journée

Cinquième nouvelle

Exemple d'illustration du Décameron

L'Héritage - Katherine Webb

L'Héritage - Katherine WebbKatherine Webb, née en 1977, a étudié l'Histoire à l'université de Durham. Après avoir vécu à Londres et à Venise et occupé des emplois aussi divers que serveuse, jeune fille au pair, aide-bibliothécaire, relieuse ou femme de chambre, elle vit aujourd'hui dans la campagne du Berkshire. L'Héritage est son premier roman, un best-seller en Angleterre, finaliste du prestigieux Galaxy Award.

Nombre de pages : 523 pages

Prix : 8,10€

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"Sorton Mannor, Angleterre. Un somptueux domaine où les soeurs Calcott ont passé toute leur enfance, jusqu'à la disparition mystérieuse de leur cousin Henry. A la mort de leur grand-mère, Beth et Erica reviennent au manoir, laissé à l'abandon depuis des années. En découvrant par hasard une étrange photo, elles vont mettre au jour un terrible secret, qui pèse sur leur famille depuis quatre générations."

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En ce moment, je suis dans une période où je lis beaucoup de littérature anglaise, avec ses manoirs, ses secret de famille etc., et je ne m'en lasse pas !

Ce roman est tout à fait dans ce style, et franchement je l'ai adoré. En plus, la couverture est magnifique, d'ailleurs c'est antièrement grâce à elle que je me suis attardée sur ce livre plutôt qu'un autre.

Dans cette histoire, les chapitres sont construits en parallèle et l'on suit à la fois l'histoire d'Erica et de Beth Calcott, qui se passe à notre époque et dont Erica est la narratrice, et l'histoire de Caroline, leur arrière-grand-mère, qui se passe au début du XXe siècle.

Les chapitres concernant Caroline me plaisaient beaucoup au début, j'ai notamment apprécié de découvrir le mode de vie de la bourgeoisie de l'époque, mais petit à petit elle a commencé à sérieusement m'agacer, car elle passe son temps à se plaindre de tout. C'est le type même de l'héroïne gnangnan, typique des romans à l'eau de rose, pourtant quand Erica et Beth (qui l'ont connue puisqu'elle a vécu très longtemps) parlent d'elle, c'est pour nous décrire une femme froide, méchante et incapable d'aimer sa propre fille, ce qui n'aide pas à la rendre sympathique pour le lecteur. En gros, c'est tout ou rien avec Caroline, il n'y a pas de juste milieu, et je n'ai pas réussi à m'y attacher plus que ça.

Pour les parties concernant Erica et Beth, elles m'ont semblé longues au début, mais on découvre petit à petit, grâce à l'entêtement d'Erica, ce qu'il s'est vraiment passé lorsque son cousin Henry a disparu et pourquoi il y a tant de secrets autour de sa famille. Le fait qu'on sache ce qu'il s'est vraiment passé dès le chapitre suivant, en revenant à Caroline, donne une nouvelle vision de l'histoire et nous apprend des chose que même Erica ne saura jamais. Cependant, Erica et Beth ne sont pas exemptes de critiques. J'ai trouvé Erica très gnangnan lorsqu'il s'agit du garçon qu'elle et sa soeur ont connu étant plus jeune, et Beth m'a profondément irritée avec sa dépression et son inertie constante.

Malgré tout, j'ai passé un moment sympathique avec ce livre, et certains personnages secondaires sont assez attachants, comme par exemple Ed, le fils de Beth.

De plus, l'ambiance du livre, grâce au manoir et à son isolement, à cette marre mystérieuse et au petit village pittoresque aux alentours de la demeure, rend la lecture encore plus prenante et agréable, et le dépaysement, pour ma part, était total.

Conclusion : Une histoire sympa avec une ambiance anglaise typique, un peu entachée cependant par la fadeur de certains personnages, mais que je te conseille quand même si tu aimes les secrets de famille et le XXe siècle !

Granny Webster - Caroline Blackwood

Granny Webster - Caroline BlackwoodCaroline Blackwood est née à Londres en 1931 dans une riche famille aristocratique anglo-irlandaise (elle est une héritière Guinness par sa mère). À 19 ans, elle rencontre Lucian Freud avec qui elle s'installe un temps à Paris. En 1953, ils retournent vivre à Londres où ils se marient. Elle fréquente différents cercles d'artistes et écrit pour des revues (Encounter, London Magazine). Après avoir quitté Lucian Freud, elle part pour New York et Hollywood où elle tourne dans plusieurs films. Elle épouse alors le pianiste américain d'origine polonaise Israel Citkowitz, qui lui donne trois enfants. De retour à Londres, Caroline Blackwood rencontre Robert Lowell, déjà reconnu comme un des plus grands poètes du XXe siècle aux États-Unis. En 1970, ce dernier quitte l'écrivain Elizabeth Hardwick pour épouser sa nouvelle muse. Leur relation passionnelle est bouleversée par les tendances maniaco-dépressives de Robert Lowell. Il retourne à New York où il meurt dans un taxi alors qu'il allait rejoindre son ex-épouse, un portrait de Caroline peint par Lucian Freud serré dans ses bras. Caroline retourne aux États-Unis en 1987. Elle continue d'écrire, activité qu'elle a poursuivie tout au long de sa vie, publiant une dizaine de livres. Elle meurt à New York à l'âge de 64 ans.

Nombre de pages : 160 pages

Prix : 5,10€

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"Envoyée en convalescence au bord de la mer chez son arrière grand-mère, une vieille dame acariâtre qui ne se déplace qu'en Rolls, vit comme à l'époque victorienne et évite toute émotion pour ménager son coeur, une jeune fille - qui n'est pas sans rappeler Caroline Blackwood - découvre peu à peu les secrets qui se cachent derrière les rideaux empesés de la luxueuse demeure... La description de cette grande famille irlandaise, avec une tante excentrique et suicidaire, une grand-mère un peu dérangée et une femme de chambre borgne, est d'une réjouissante noirceur."

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Si je vous ai mis la longue (mais intéressante) biographie de Caroline Blackwood, c'est parce que ce roman est très largement autobiographique, et je pense qu'on l'appréhende mieux en connaissant les grands axes de sa vie.

Ce petit livre est construit en quatre parties retraçant chacune un moment de la vie d'une famille anglo-irlandaise.

L'histoire commence deux ans après la seconde guerre mondiale, lorsque la narratrice, âgée de 14 ans, doit partir en convalescence chez son arrière-grand-mère Webster, qui est la seule à habiter non loin de l'air marin dont elle a besoin pour se rétablir. Malheureusement, l'arrière-grand-mère Webster n'appréciant pas grand chose, elle ne pourra jamais aller jusqu'à la plage durant les deux mois que dure son séjour, et elle n'aura pour compagnie que cette parente étrange et sa femme de chambre borgne.

Quelques temps après ces laborieuses "vacances", la jeune fille va se renseigner petit à petit sur sa famille, sur cette arrière-grand-mère si stoïque, sa grand-mère folle à lier, son père, décédé durant la seconde guerre mondiale, et sa tante excentrique et suicidaire.

Lire ce roman a été un plaisir, et son humour noir et décalé est un vrai régal ! C'est une narration très "anglaise", et je trouve que la couverture (qui est magnifique) représente parfaitement l'atmosphère du livre.

Pour que tu comprennes mieux, voici quelques extraits qui rendent le plus justice au style d'écriture absolument génial de Caroline Blackwood et qui sont particulièrement drôles :

"Une fois que Richards avait enfin réussi à nous servir, l'arrière-grand-mère Webster la remerciait toujours et il y avait dans son ton quelque chose d'excessivement grave, comme s'il lui avait fallu faire un courageux et douloureux effort ne serait-ce que pour parler. Elle était assise là, avec sur le visage un air de lassitude et de malaise si affreux qu'elle parvenait à voler la vedette à Richards et faire croire que la prouesse qui consistait à gravir le terrible escalier du sous-sol chargée de son plateau n'était pas du tout remarquable si on se rappelait que dès les premières heures de la matinée elle-même était restée dans un silence courageux et stoïque à endurer sans plainte l'atroce inconfort de sa chaise au dos si dur." p. 25

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"Je crois qu'elle ne se rendait pas compte à quel point elle me glaçait quand elle tentait de me convaincre qu'elle était sûre que j'allais devenir exactement comme elle." p. 39

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"J’ai cru que j'allais faire une attaque, dit tante Lavinia. Ça me rendait apoplectique de penser que le même ignoble petit bonhomme qui m'avait interdit d'avoir un peigne et un rouge à lèvres avait osé entrer dans ma chambre privée pour couvrir mes pansements de ses baisers lascifs et pervers." p. 59

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Caroline BlackwoodConclusion : Ce livre est merveilleusement bien écrit et son humour grinçant, bien qu'il ne puisse plaire à tout le monde, est un réel plaisir qui change des livres plus "classiques".

Les heures silencieuses - Gaëlle Josse

Les heures silencieuses - Gaëlle JosseGaëlle Josse est rédactrice pour un magazine à Paris. Elle a fait des études de droit, de journalisme, de psychologie et a passé quelques années en Nouvelle-Calédonie.

Autre roman : Nos vies désacordées

Nombre de pages : 88 pages

Prix : 4,50€

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"Delft, novembre 1667. Magdalena Van Beyeren se confie à son journal intime. Mariée très jeune, elle a dû renoncer à ses rêves d'aventure sur les bateaux de son père, administrateur de la Compagnie des Indes orientales. Là n'est pas la place d'une femme... L'évocation de son enfance, de sa vie d'épouse et de mère va lui permettre l'aveu d'un lourd secret et de ses désirs interdits. Inspiré par un tableau d'Emmanuel De Witte, ce premier roman lumineux, coup de coeur des lecteurs et de la presse, dessine le beau portrait d'une femme droite et courageuse dans le peu d'espace qui lui est accordé."

A l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son tain, le besoin de m'alléger de ce qui m'encombre devient plus fort que tout. Je garde l'espoir, naïf peut-être, qu'un tel aveu sera comme l'amputation d'un membre inguérissable qui, pour douloureuse qu'elle soit, permet de sauver le reste du corps. » Tout paraît à sa juste place dans la vie de Magdalena, épouse de Pieter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft. Rigoureuse, maîtresse d'elle-même, elle aurait pu succéder à son père. Mais le commerce est réservé aux hommes. Sa place est au foyer. Magdalena doit se limiter à cet espace intérieur, où elle a souhaité se faire représenter à son épinette, de dos. Un décor à secrets, que son journal intime dévoile. Déceptions, souvenirs, drames familiaux, mais aussi joies, et désirs interdits... Dans le silence de l'heure, derrière le précaire rempart de l'ordre et de la mesure, Magdalena transcrit les vacillements de son coeur, explorant les replis les plus secrets de l'âme."

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Ce roman est basé sur le tableau que l'on voit en couverture, Intérieur avec femme à l'épinette d'Emmanuel de Witte, où la femme peinte n'est autre que Magdalena. Elle fait allusion à ce tableau tout au long du livre, et je ne compte pas le nombre de fois où j'ai du m'y référer pour comprendre de quoi elle parlait.

Le livre est construit sous forme de journal intime, dans lequel Madga confie régulièrement ses rêves, ses envies et surtout ses regrets. On voit ainsi la vie quotidienne d'une femme du XVIIe siècle, et j'ai vraiment aimé cet aspect du livre ! On comprend que, puisqu'elle est une femme, Magda a du renoncer à ses rêves d'aventures sur les bateaux qui la fascinent tant, pour s'occuper de son foyer et de ses enfants, malgré le fait qu'elle soit très douée pour tout ce qui touche au commerce et aux affaires maritimes.

Magdalena nous parle de sa rencontre avec son mari, de ses enfants, de sa famille, des petits bonheurs et surtout des déceptions qui font son quotidien, qui ne la rendent que plus attachante.

J'ai vraiment apprécié ce livre, la plume délicate et poétique de Gaëlle Josse le rendant vraiment touchant, malgré la légèreté du livre. En effet, en moins de cent pages, difficile pour l'auteure de rentrer dans les détails, à peine un sujet est ébordé qu'on passe au suivant, et j'ai trouvé cela un peu dommage.

Gaëlle JosseConclusion : Ce roman reste cependant une très bonne découverte, et l'idée de le baser sur un tableau le rend encore plus vivant et crédible.

La tortue d'Eschyle et autres morts stupides de l'Histoire - Collectif

La tortue d'Eschyle et autres morts stupides de l'histoireCe livre un peu particulier est un livre collectif. Voici donc la bio des six auteurs, ainsi que celle du dessinateur (y a pas de raisons!).

David Alliot, né en 1973, travaille dans l'édition. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés à Louis-Ferdinand Céline, à Aimé Césaire, à Voltaire et aux livres, il est également formateur depuis une quinzaine d'années à l'INFL (Institut national de formation des libraires).

Philippe Charlier est maître de conférences en médecine légale (CHU Raymond Poincaré, AP-HP) et chercheur au Laboratoire d'éthique médicale (université de Paris 5). Il est spécialisé en anthropologie médico-légale et s'intéresse tout particulièrement au statut du corps mort.

Olivier Chaumelle, né en 1968, est producteur à France Culture. Amateur de personnages fantasques, il leur a consacré de nombreux documentaires radiophoniques.

Frédéric Chef, né à Langres, vit à Reims. Il a publié notamment Géographie sentimentale, La Champagne impertinente, illustrée par Daniel Casanave avec qui il a également écrit le scénario et les dialogues de la bande dessinée Villain, l'homme qui tua Jaurès.

Bruno Fuligni, né en 1968, est écrivain et historien. Haut fonctionnaire, maître de conférence à Sciences Po, il est l'auteur de seize ouvrages sur l'histoire politique française et ses mystères.

Bruno Léandri, né en 1951 à Courbevoie, écrivain, chroniqueur et scénariste, longtemps collaborateur du mensuel Fluide glacial, est l'auteur entre autres de la Grande Encyclopédie du dérisoire (cinq tomes).

Daniel Casanave est né en 1963. Auteur et dessinateur, il explore le monde de la BD, mettant l'accent sur l'adaptation des chefs-d'oeuvre de la littérature.

Nombre de pages : 261 pages

Prix : 17 €

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"Tué par une tortue tombée des serres d'un rapace, le tragédien grec Eschyle est l'une des plus anciennes personnalités victimes d'une mort stupide. après lui, le Romain Pline l'Ancien meurt d'avoir voulu observer de trop près l'éruption du Vésuve, l'empereur Frédéric Barberousse disparaît pour s'être baigné en armure, le roi de France Louis III se fracasse le crâne en poursuivant une femme et Adolphe-Frédéric de Suède expire en prenant pour la quatorzième fois du dessert... Plus près de nous, Félix Faure, Lawrence d'Arabie, Durruti, le colonel Fabien, le général Patton et beaucoup d'autres ont payé de leur vie leurs appétits, leurs maladresses ou leurs marottes. De l'antiquité à nos jours, la grande et la petite histoire s'entremêlent, invitant à méditer sur la fragilité du destin. La plupart de ces personnages disparus prématurément, pour des causes stupides, auraient peut-être modifié la marche du monde s'ils avaient vécu plus longtemps. On parle souvent de l'ironie de l'Histoire : ce livre montre que, dans le genre grinçant, elle n'a pas de limites."

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Tout d'abord, une petite explication s'impose. Ce livre tient son titre d'Eschyle, un grand tragique grec du VI / Ve siècle avant J-C, plus connu pour sa mort stupide que pour ses pièces. La légende veut qu'un jour où il se promenait, sans doute en quête d'inspiration (ou pas), il a croisé la route d'un épervier. Or cet épervier tenait dans son bec, non pas un fromage (quoique ce fromage eût fait beaucoup moins de dégâts), mais une tortue. Et l'on sait tous que la carapace de tortue n'est pas le truc le plus simple à casser. Mais les éperviers sont pas cons et ont trouvé la parade : lâcher la tortue en plein vol afin que la carapace aille s’éclater une dizaine de mètres plus bas. Sauf que cette fois, manque de chance (autant pour Eschyle que pour l'épervier), ce n'est pas sur un rocher qu'elle s'est éclaté, mais en plein sur la tête d'Eschyle, qui est probablement (on l'espère pour lui!) mort sur le coup.

Enfin, c'est bien beau tout ça, mais ça ne vous en dit pas plus sur le livre !

Je ne vais pas vous en faire un résumé, la quatrième de couverture s'en charge très bien.

Je peux en revanche vous dire comment le livre est organisé, si les anecdotes sont intéressantes et si je l'ai aimé :)

Le livre se présente sous la forme de chapitres, qui classent les morts par catégories. On a par exemple : trop curieux, trop radins, trop gourmands... etc. Ce livre compte en tout 120 biographies, certaines très développées (2 à 3 pages), d'autres un peu moins (1 page ou une demi-page), et d'autres sont carrément évoquées en quelques lignes à la fin de chaque chapitre, dans une rubrique intitulée « Et aussi... ». Ces morts sont généralement celles de personnages anciens, pour lesquels je conçois tout à fait qu'il y ai peu voire pas d'informations.

Concernant la stupidité des morts, tout est relatif. Autant la mort d'Eschyle m'a fait sourire, de même que celle du mec trop gros qui est passé par la fenêtre, emporté par son poids (il paraît), autant pour certaines, il faut aller chercher loin le côté stupide. Je m'explique. A de nombreuses reprises, on nous fait passer des suicides pour des morts stupides. Alors, autant celui de Vatel, qui s'est suicidé parce qu'il n'a pas reçu à temps une livraison commandée pour servir la table de Louis XIV (l'ironie de la chose est que ladite livraison a été livrée quelques instants à peine après qu'il se soit donné la mort), ça peut passer. Mais un mec qui se suicide parce qu'il est couvert de dettes, et qu'ils nous mettent dans la catégorie « Trop radins » pour faire passer le truc, je dis non. A trop chercher de quoi remplir son livre, on finit par y mettre n'importe quoi.

Cependant, c'est le seul bémol de ce livre, je vous rassure ! Il fallait juste que je le dise^^

On peut lire toutes les parties indépendamment les unes des autres, ce qui fait le charme de ce livre et que j'apprécie. Chaque partie est d'ailleurs écrite par un auteur différent et signée de ses initiales, afin de mieux les retrouver, si on préfère un auteur plutôt qu'un autre.

J'aime aussi les petits dessins (faits par Daniel Casanave) disséminés ça-et-là pour illustrer les différentes parties.

Je pense que je n'ai rien oublié concernant ce livre, gros point positif : la couverture. La couleur attire l'oeil directement, et le dessin avec Eschyle et la tortue qu'on voit lui tomber dessus (avec une tête ahurie) est vraiment sympa.

La tortue d'Eschyle, par Daniel CasanaveConclusion : Un livre très sympa, à offrir ou à s'offrir, qui se lit un peu au hasard, mais avec lequel il ne faut cependant pas s'attendre à se poiler du début à la fin.

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