Tatiana de Rosnay

Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay

Elle s'appelait Sarah - Tatiana de RosnayTatiana de Rosnay, née en 1961 à Neuilly-sur-Seine de mère britannique et de père français, est une journaliste, écrivaine et scénariste française. Elle a vécu à Paris, Boston et enfin en Angleterre. Elle est l'écrivaine française la plus lue en Europe en 2011.

Ses autres romans : L’appartement témoin (1992) ; Mariés, pères de famille (1995) ; Le Dîner des ex (1996) ; Le Cœur d'une autre (1998) ; Le Voisin (2000) ; La Mémoire des murs (2003) ; Spirales (2004) ; Moka (2006) ; Boomerang (2009) ; Rose (2010) ; A l'encre russe (2013)

Nombre de pages : 415 pages

Prix : 6,95 €

Prix des lecteurs du livre de poche - Le choix des libraires, Prix Gabrielle d'Estrées.

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Paris, juillet 1942 : Sarah, une fillette de dix ans qui porte l'étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police française, au milieu de la nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l'abri en lui promettant de revenir le libérer dès que possible. Paris, mai 2002 : Julia Jarmond, une journaliste américaine mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél d'Hiv. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie va changer à jamais. Elle s'appelait Sarah, c'est l'histoire de deux familles que lie un terrible secret, c'est aussi l'évocation d'une des pages les plus sombres de l'Occupation.
Un roman bouleversant sur la culpabilité et le devoir de mémoire, qui connaît un succès international, avec des traductions dans trente-quatre pays.

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Ce livre était dans ma bibliothèque depuis un moment mais, malgré les avis positifs que j'avais lus à son propos, je ne m'étais toujours pas décidée à le lire. Et puis, il y a quelques jours je me suis lancée, et voilà maintenant plus d'une semaine que je l'ai fini et que je cherche comment t'en parler, car j'ai sur ce livre un avis plus que mitigé.

Tout d'abord, il est divisé en deux parties :

D'un côté,  Sarah, la fillette juive embarquée avec ses parents lors de la rafle du Vél d'Hiv, qui laisse son petit frère enfermé dans un placard pour le protéger et lui promet de revenir très vite.

De l'autre, Julia, la journaliste américaine qui habite à Paris et qui doit justement écrire un article sur cette rafle.

Soixante ans les séparent, et pourtant Julia va tout faire pour retrouver la trace de Sarah.

Alors là, autant j'ai trouvé la partie sur Sarah belle, triste, émouvante, tout ce que tu veux, autant celle sur Julia, je n'ai même pas les mots pour te dire à quel point elle m'a gonflée ! Non mais franchement, c'est quoi cette cruche ?? Elle est marié à Bertrand, un français qui, forcément, est un goujat, un coureur de jupons qui l'a trompée il y a quelques années mais Julia, magnanime, lui a pardonné (bien qu'en plus de cela il la rabaisse sans arrêt devant tout le monde). Sa belle-famille est un énorme cliché à elle toute seule : on retrouve le beau-père froid mais qui en fait est sensible et cache un secret, la belle-mère hautaine et condescendante, une belle-sœur maigre et sèche, l'autre ronde et chaleureuse, et la grand-mère adorable mais mise en maison de retraite par ses enfants et petits-enfants qui, évidement, vont rarement la voir... De plus, Julia est nunuche au possible, on a envie de lui mettre des claques pour qu'elle se bouge, qu'elle quitte son boulet de mari et surtout, surtout, qu'elle arrête de se plaindre sans arrêt, mais on ne peut pas, et ça c'est vraiment très frustrant^^ Et puis, le coup de Julia qui tombe enceinte à 40 ans passés et de son mari qui la met devant le dilemme : le bébé ou lui, j'ai trouvé ça d'un niais !

De nombreuses fois dans le roman, Julia nous confie qu'elle ne sait pas pourquoi elle tient tant à retrouver Sarah, que c'est plus fort qu'elle, que blablabla. Elle ne sait pas pourquoi elle doit la retrouver, eh bien nous non plus ! On ne comprend pas l'engouement soudain de cette américaine pour cette petite fille juive, leur seul lien étant l'appartement dont a hérité Bertrand et qui s'avère être celui où vivait Sarah lorsqu'elle a été arrêtée. De plus, Julia, qui elle a l'excuse de ne pas être française pour ignorer ce qu'est la rafle du Vél d'Hiv, se met à clamer partout que c'est un scandale d'être français(e) et de ne pas savoir, d'avoir oublié ce qu'il s'est vraiment passé à l'époque, ce qui donne à ce livre un côté moralisateur insupportable ! L'auteure veut nous faire culpabiliser du début à la fin, et j'ai trouvé ça un peu abusé. Comment peut-on savoir ce qu'on aurait fait à la place de tout ces gens ? Julia aurait-elle agit, seule contre tous, quitte à mettre en danger sa fille et son mari ? Je ne pense pas. Avec 60 ans de recul, c'est facile de savoir où se situe la limite entre bien et mal, ce qu'il était juste ou non de faire, mais à l'époque, au coeur de l'action, comment les gens pouvaient-ils vraiment connaitre les conséquences de leurs actes ? Bien sûr, ce qui a été fait aux juifs (mais pas seulement à eux, il faudrait voir à ne pas l'oublier) est terrible, mais est-ce une raison pour fustiger tout une nation à travers ce livre ?

De plus, l'auteure enfonce le clou en nous répétant en long et en large que ce sont des soldats français qui ont emmenés les juifs jusqu'au vélodrome, mais au bout d'un moment on a envie de dire que oui, c'est bon, on a compris, mais que là, posé devant notre livre, on n'y peut décidément pas grand chose !

Enfin bref, tout ça pour dire que la partie concernant Sarah est plutôt bien construite, avec le petit frère enfermé dans le placard qui ajoute encore une note dramatique à l'histoire (c'était déjà pas assez triste ?), avec le petit suspense "Va-t-elle pouvoir revenir le chercher ? Et si oui, y arrivera-t-elle à temps ?", mais la partie sur Julia, je me demande vraiment si on aurait pas pu s'en passer, d'autant plus qu'à la fin du livre il n'y a plus que Julia qui raconte, et la ça devient très très long.

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"La mère attira sa fille contre elle. La petite sentait les battements de son coeur à travers la robe de chambre. Elle aurait voulu repousser sa mère, la voir se tenir bien droite, la voir fixer ces hommes avec assurance au lieu de se recroqueviller, au lieu d'avoir le coeur qui cogne dans la poitrine, comme un animal effrayé. Elle aurait voulu que sa mère soit courageuse." (p. 14)

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"Je me souviens avoir été réveillée très tôt par le ronflement des bus. Juste sous mes fenêtres. J'ai regardé dehors et j'ai vu d'autres bus qui arrivaient. Et puis d'autres, encore et encore. Des bus des transports en commun, les bus que je prenais moi-même chaque jour. Blancs et verts. Il y en avait tant. Je me demandais ce qu'ils pouvaient bien faire ici. Puis j'ai vu des gens en sortir. Et tous ces enfants. Tellement d'enfants. Vous savez, c'est impossible d'oublier les enfants. (...) Après un moment, je me suis habillée et je suis descendue avec mes garçons, qui étaient petits, à l'époque. Nous voulions savoir ce qui se passait, nous étions curieux. Nos voisins aussi sont descendus, et le concierge. C'est une fois dans la rue que nous avons vu les étoiles jaunes. Et là, nous avons compris. Ils regroupaient les juifs. (...) Comment aurions-nous su ? C'est seulement après la guerre que nous avons tout découvert. Nous pensions qu'on les envoyait travailler je ne sais où. Nous ne pensions pas que quelque chose de grave se tramait. Je me souviens que quelqu'un a dit :"C'est la police française, personne ne leur fera de mal". Alors, nous ne nous sommes pas inquiétés. Le lendemain, bien que tout cela ait eu lieu en plein Paris, il n'y avait rien ni dans les journaux ni à la radio. Personne ne semblait s'en préoccuper. Alors nous non plus. " (pp. 105-106)

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Tatiana de RosnayConclusion : Ce livre n'est vraiment pas un coup de coeur, mais ce n'est pas pour autant une déception car la partie sur Sarah rattrape tout le reste et vaut à elle seule le coup qu'on lise le livre !

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P. S. : En anglais, le titre de ce livre est Sarah's key (la clé de Sarah) et je trouve que ce titre correspond mieux au roman que le titre français. Ceux qui ont lu le livre comprendront :)

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P.S. 2 : Voici la petite histoire de ce roman (source Wikipédia) pour ceux que ça intéresse :

"Tatiana de Rosnay commence à se documenter en 2001: « Je suis allée à Drancy, à Beaune-la-Rolande, j'ai rencontré des personnes qui ont vécu cette rafle de près, j'ai passé des moments très émouvants. » Elle explique avoir « ressenti le besoin de me réfugier dans ma langue maternelle pour évoquer ce passé terrible de la France. Le fait aussi d'être dans la peau d'une Américaine, Julia, a rendu nécessaire ce passage à l'anglais. »

Elle écrit le roman entre juillet 2002 et mars 2003, et le retravaille de janvier à mai 2005.

Le livre est refusé par l'ex-éditeur de la romancière, Plon, puis par Bernard Fixot. L'écrivaine cherche ensuite un agent américain, qui ne trouve pas d'éditeur aux Etats-Unis. Plus tard, Tatiana de Rosnay rencontre l'éditrice Héloïse d'Ormesson, avec laquelle elle sympathise, et c'est « le très têtu Gilles Cohen-Solal » (coéditeur d'Héloïse d'Ormesson), raconte-t-elle, qui obtient le manuscrit."

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